Le résultat d’un rêve fou

 

Rallier la Capitale à LAMAZIERE-BASSE à vélo ! En d’autres termes, fuir le tourbillon parisien en rejoignant le petit village Corrézien et retrouver ainsi la liberté et le bien-être des vacances enfantines !

A vélo ? (ça aurait pu être à cheval !)… , cet engin, le vélo, qui a simplement « drivé » ma vie…Une passion née peut être sur la barre des vélos de mes frères aînés quand j’avais quatre ou cinq ans en Corrèze….

A cette époque, les maillots de POULIDOR couleur bruyère, les rares photos couleur étaient éblouissantes.. et puis le TOUR de FRANCE, les heures en voiture, interminables, en 403, avec mon oncle, pour rejoindre le PUY de DOME… et d’un seul coup, le peloton apparaît : les forçats bronzés, aux mille couleurs, on applaudit 20 secondes… et puis plus rien…

Heureusement, l’étape du lendemain sera en direct à la télévision, mais, en noir et blanc ! ….
Quelques années plus tard, le « jaune » d’Eddy MERCKX apparaîtra en gris pâle !!!

L’impact d’Eddy MERCKX dans le cerveau d’un gamin de douze ans, le goût de l’effort, le vrai, celui où l’on transpire, où l’on gagne, où l’effort est respecté.
La notion d’effort, voir vraiment ce qu’on a dans le « bide » ! il faut donc faire les 467 kilomètres d’une traite ! partir la nuit pour arriver le jour !!!


Juin 1980 départ : minuit

Là, j’avais vingt ans. Seul, la pluie incessante jusqu’à BOURGES, le vent de trois quarts face, m’épuisent, en outre, quelques erreurs d’alimentation…Tout cela me vaut un abandon à CHENERAILLES vers quinze heures trente…

J’ai appelé ma mère ( c’est le cas de le dire !) qui m’a véhiculé jusqu’à LAMAZIERE et m’a réveillé sur le plateau de MILLEVACHES…
Regarde, me dit-elle, tu as bien fait d’arrêter, il pleut des trombes !!!!!

Je n’avais plus d’énergie pour réagir et constater mon échec. A bout de forces, je m’étais convaincu de ne pas recommencer cette folie…
Vive la « farcidure » devant le « cantou »…. le bon vin m’endort…

1984

Après un premier passage chez les professionnels comme kinésithérapeute dans l’équipe de Cyrille GUIMARD, j’ai approché les coureurs, les vrais, les champions, les moins forts, tous ceux qui ont fait leur métier, avec humilité…
L’union, le groupe faisait la force, ce n’est pas nouveau, mais cela reste la grande théorie de Cyrille..
Franchement vexé de m’être écroulé à CHENERAILLES il y a quatre ans, j’appelle Gilles CHADENIER…. Qu’est ce que tu fais au mois d’août ? On pourrait partir de PARIS à vingt deux heures trente…. etc…. et on rejoindrait LAMAZIERE ! ?….

Sympa, Gilles, quel talent ! Toutes ces courses en CORREZE ! mon maître ! J’ai beaucoup appris dans sa roue, notamment sur les routes entre USSEL et La COURTINE…C’était un Eddy MERCKX corrézien !!!

Il me répond : « Je déménage samedi matin, mais c’est bon pour samedi soir ! »*
Ca y est, nous sommes un groupe ! deux au départ le 4 août 1984 !!!!
- départ : 22 heures 30…..
- Gilles un peu dans le dur la nuit, suite à son déménagement, n’est pas très en jambe, mais enfin ! il ne pleut pas !
- 6 heures 30 : à BOURGES, nous trouvons un café ouvert pour nous restaurer un peu…
- 8 heures : j’étais un peu lassé et engourdi… Gilles me dit : « mets-toi dans ma roue, on va rouler plus vite, ça débloque !!!!

à CULAN j’avais récupéré de mon « coup de barre » nous avions des biorythmes complémentaires :
- quand j’étais « cuit », il était bien !
- quand il était fatigué la nuit, j’avais un super mental !
Cyrille avait raison : « le groupe ! »

Petite anecdote : il a plu environ les cent derniers kilomètres et, à MEYMAC, Gilles me suggéra que nous attendions sous un arbre que la pluie s’arrête.
Nous nous sommes donc arrêtés sous un arbre mais il m’a fallu faire la scène IV de l’acte II pour terminer les vingt deux derniers petits kilomètres !!! nous repartîmes.
- 18heures 30 : arrivée sous la pluie qui ne cessa que le lendemain. Nous étions bien fatigués, mais heureux, et nous séchâmes devant le « cantou » de la maison CHADENIER.

De 1986 à 1994

Après une carrière chez les Professionnels, le TOUR de FRANCE oblige ! , je ne pouvais m’entraîner correctement pour renouveler le « PARIS LAMAZIERE-BASSE » en août.

Dès 1995

Décidant de travailler en libéral, je pouvais à nouveau m’entraîner, comme je l’entendais sur ce vélo, source de mon équilibre.

Bien entendu, il faut refaire PARIS LAMAZIERE, mais à quatre ou cinq, ça serait sympa. !!!

Nous nous sommes retrouvés à PARIS, pas avec Gilles qui était empêché cette année là, mais avec un autre grand coureur de LAMAZIERE : Jean Claude SELLE, dit CLAUDY, et fils de Jean Claude SELLE senior…C’est un grand philosophe du vélo, étonnant dès que ça grimpe !!!

Entre Gilles et Claudy, j’en ai « bavé » dans les roues, sur les routes Corréziennes !

Août 1995

Nous avons roulé très vite de nuit, vent trois quart dos, … Claudy me prenait des relais comme si l’arrivée était à BOURGES ! une bête !!! Forcément il le paya au petit matin. Mon expérience de 1984 au même endroit : je lui ai dit : « mets-toi dans ma roue ! » ça a duré deux heures. Il voulait abandonner.

Cette année là, un copain, François NIGON, nous suivait en voiture…il n’y avait pas la place pour mettre le vélo dans sa voiture, heureusement !!!

Claudy s’est refait une santé, et, à FELLETIN, je lui ai suggéré de m’attendre sur le plateau de MILLEVACHES tellement il était bien, et moi j’étais un peu cuit !!!

Nous arrivâmes au son de l’Angélus du clocher de LAMAZIERE, une petite bière sur la place, au Chêne Vert. Il y avait du soleil…. On ne pouvait rien faire pour la BOSNIE, les bombes…Alors, on a fait du vélo….

1996

Frédéric LEYMARIE, cousin de LAMAZIERE, (on est tous cousins !) voulait réaliser l’aventure. Nous nous voyions à l’époque régulièrement à PARIS. Il m’avait présenté un copain : Nicolas BUGELLI, à qui nous avions fait acheter un vélo Maxisport que Fabrice VANOLI lui avait préparé « aux petits oignons ».

Frédéric me suggéra de faire le « PARIS LAMAZIERE » à trois : lui, moi et Nicolas.
J’étais étonné par leur enthousiasme !!!
Je leur demandai : « vous êtes sûrs que vous êtes un petit peu entraînés ? ! »
Ils me répondirent : « Oui, on a fait l’étape du TOUR : Le PUY-en-VELAY SUPER-BESSE ! … »

Août 1996

La pluie, le vent étaient au rendez vous et l’aventure se termina à St AMAND-MONTROND, à l’auberge du « Pont du Cher ». quelques escargots en entrée, accompagnés d’un « MENETOU SALON » nous ont aidés à faire la sieste dans le train St AMAND - USSEL via MONTLUCON ! …..

Quelle rigolade !!!!

Mon père nous attendait, lui, le sourire aux lèvres de nous voir en bonne santé, et nous, la tête un peu basse, un peu mal aux jambes par le froid et les toxines…..

Décembre 1998

L’année prochaine : quarante ans !!!

Le plus beau cadeau ? faire partager aux amis cyclistes la sensation insolite de rouler la nuit, le lever du soleil, faire découvrir nos routes Corréziennes, et, au bout de l’effort, après une bonne nuit à LAMAZIERE, le lendemain, une grande fête mémorable, pleine d’amitié et de plaisirs simples ! …
J’en parle à Alexandre COURTELIS, passionné de vélo, qui me certifie que, si nous ne devions être que deux au départ, il serait l’homme de la situation !!! Je lui rappelai alors la distance et le profil de la fin du parcours…. Nous convenions très rapidement qu’il fallait être plus nombreux, (à nos âges !!!)

En outre, il fallait nous préparer à maintenir « les troupes » motivées. Nous décidâmes alors d’en parler à droite et à gauche, notamment à LONGCHAMP et de nous réunir une fois par mois, « chez FLOTTES », jusqu’au mois d’août 99, pour organiser la randonnée.

La « mayonnaise » prit rapidement, car, entre-temps, je contactai Eric BOYER qui avait récemment mis un terme à sa magnifique carrière professionnelle.

Pour la petite histoire, en 1988, lorsque je le massais dans l’équipe SUPER « U », je lui avais raconté l’histoire du PARIS LAMAZIERE 1984.
Il m’avait alors dit, par amitié et par enthousiasme : « je le ferai un jour avec toi, après ma carrière Pro »…
Forcément, dix ans après, je n’avais pas oublié !!!

Il m’a dit immédiatement, sans réfléchir : « OK »

J’ai connu Eric au Bataillon de JOINVILLE, à FONTAINEBLEAU, en 1983, et j’ai eu l’honneur de partager quelques moments forts de sa carrière par la suite.

Là non plus, je n’ai rien oublié :
- cinquième du TOUR de FRANCE en 1988.
- de multiples exploits chez « Z » : au sommet de LUZ ARDIDEN, au GIRO d’ITALIE……….

Grâce à sa présence exceptionnelle, comme dirait Daniel MANGEAS ( Speaker du TOUR de FRANCE ), les recrues furent motivées !!!

Nous avions rapidement, sans hésitations, Gérard LAURENT qui m’a dit :
« j’adore les longues distances, et en plus, je dois traverser la MANCHE en septembre, ça va m’entraîner ! …et il l’a fait ! Bravo !!!
Trente et une heures sur un « shuttle bike » entre l’ILE de WIGHT et SAINT VAAST la HOUGUE !!! quel exploit !!!

Didier LAFARGE : l’athlète de LONGCHAMP, une force de la nature ! Promettant d’attaquer à AUBUSSON, même pour rigoler, il l’a fait !!!!

Les amis de Fabrice VANOLI :
-Eric GUIBERT, le plus jeune à l’époque ; il m’a confié que le PARIS LAMAZIERE-BASSE restait, jusqu’à présent, son meilleur souvenir cycliste…

Il voulait le faire avec son père, ce sera pour 2003 ! nous aurons le plus ancien et le toujours plus jeune !!!

Bernard CHEREL qui nous a quittés accidentellement il y a deux ans.
Nous dédierons à sa famille la randonnée 2003.

Les Maziérois Gilles CHADENIER et Claudy SELLE, connus de tous, et leur ami Jean Louis BAPPEL, Alsacien, très fort et d’une grande convivialité. (vous connaissez le « Picon-Bière » ?)

Nous avons également Jean Marc IORE, d’un grand courage et d’une grande régularité.

Sans oublier notre Maziérois Frédéric LEYMARIE et Nicolas BUGELLI, touchés dans le plus profond de leur âme d’avoir « bâché » à St AMAND-MONTROND il y a trois ans !!!

De réunions en réunions, une association naissait. Laurent FIGNON en fut le Président d’honneur.
Nous nous faisions faire des maillots grâce à l ‘aide des sponsors : Gérard GILLARDEAU, Brasserie FLOTTE, ROLL BRIVE pour les T.shirts…Bref ! nous étions motivés comme des gamins ; et, en plus, nous bénéficiions d’un encadrement de qualité avec :
Josette CHADENIER, Laurent FOULON, Hélène LAPRELLE, Mme BAPPEL et Bernadette LAURENT pour les voitures, le car de l’équipe BIG MAT avec Laurent PLU et son beau-frère, sans oublier Marie-Pierre et François SVOBODA pour le support médical.

7 août 1999

Au départ, nous eûmes l’honneur d’avoir la participation, à vélo, de mes amis de toujours : Alain GALLOPIN, Directeur Sportif actuel de l’équipe TEAM COAST, Fabrice VANOLI Coordinateur Logistique de la FRANCAISE des JEUX ainsi que Lucky BLONDO qui nous fit l’honneur de « baisser le drapeau ».

Thierry TRAVERS, futur candidat 2003 nous accompagna jusqu’à SULLY sur LOIRE.

Je laisse le soin aux internautes qui étaient présents de vous raconter l’événement entre l’orage et les rayons de soleil.

Après ce moment inoubliable d’amitié dans l’effort, de musique, de fête, il est évident que l’Association devait perdurer….

Après quatre ans, l’échéance arrive, après quatre ans déjà !

Tous les quatre ans, comme les J.O., la coupe du monde de foot…

2003, 2007, 2011, 2015, 2019…tiens ! j’aurai soixante ans ! Peut être ma dernière…à bicyclette !!!

Revenons à 2003 !

Il fallait un nouveau catalyseur, un nouveau Président.

L’an dernier, le jour de Toussaint, j’ai croisé Jacques DOUSTEYSSIER dans la rue principale de LAMAZIERE… « Bonjour ! , comment vas-tu ? »

J’allais à vélo faire une des dernières ballades de la saison cycliste, avec la côte de VENTADOUR, les abords des MONEDIERES à St YRIEIX le DEJALAT, un petit détour par SARRAN et retour à la maison…les yeux remplis d’images d’orange, non pas d’HALLOWEEN, mais de ces feuilles rousses que nous offre l’automne……

A mon retour, je me sentais, comme à chaque sortie, détendu, l’esprit libre et serein de l’effort accompli ; et, je me suis dit : « bon Dieu, mais c’est bien sûr !!! »

« Allô !!! ah, bonjour, Nine ! sans vouloir te déranger….C’était pour demander à Jacques s’il voulait bien être Président de l’Amicale PARIS LAMAZIERE-BASSE ? ».

réponse de Nine : Viens donc prendre un café à 14 heures ! » ...

LAURENT LOULIER - Avril 2003